De nouvelles cloches pour Notre-Dame de Paris

Le grand bourdon “Emmanuel”, l’un des plus beaux vases sonores d’Europe, sinon le plus remarquable. © NDP

Ce projet est l’un des événements majeurs du 850e anniversaire de Notre-Dame de Paris. Les quatre cloches de 1856, propriété de l’Etat, ont été déposées le 20 février 2012 et sont désormais entreposées. Le nouvel ensemble, composé de huit nouvelles cloches pour la tour nord et d’un nouveau bourdon pour la tour sud (qui a pris place aux côtés du grand bourdon Emmanuel), a sonné pour la première fois le samedi 23 mars lors d’une cérémonie qui a réuni des dizaines de milliers de personnes.

Cet ambitieux projet permet à la cathédrale Notre-Dame de Paris de retrouver le paysage sonore qu’elle possédait à la fin du XVIIIe siècle, patrimoine campanaire de tout premier ordre qui lui manquait et qui, par le passé, a largement participé à la renommée de l’édifice.

Si le grand bourdon Emmanuel demeure aujourd’hui l’un des plus beaux vases sonores d’Europe, sinon le plus remarquable, comme s’accordent à le dire les campanologues, musiciens et musicologues, il n’en était pas de même pour les quatre cloches de la tour nord installées en 1856 et qui faisaient défaut. Défaut par la mauvaise qualité du métal employé (qui, outre un mauvais rendu acoustique, engendrait une usure importante), défaut par leur nombre, par leurs tailles, par leurs qualités acoustiques (elles n’étaient pas accordées entre elles) et défaut par le manque d’harmonie avec le bourdon avec lequel elles n’étaient pas non plus accordées.

Ce sont donc des raisons musicales et d’utilisation liturgique de cette sonnerie (offices, carillon des heures avec des thèmes appropriés à chaque temps liturgique) qui, en ce XXIe siècle, ont prévalu au choix de la nouvelle composition.

La mise en parallèle avec les éléments historiques (qui sont profusion dans le cas des cloches de Notre-Dame) a voulu que nous nous retrouvions en parfaite adéquation avec la situation de la sonnerie des tours à la veille de sa destruction, à savoir : huit cloches dans la Tour Nord et deux bourdons dans la Tour Sud, ensemble dont la base sera le bourdon Emmanuel.

Ces choix ont été validés à l’unanimité par la Commission Supérieure des Monuments Historiques.

En outre, l’installation d’un nouveau bourdon dans la Tour Sud, dont Viollet-le-Duc avait d’ailleurs prévu l’emplacement lors de la reconstruction du beffroi en 1845, permettra d’« économiser » le bourdon Emmanuel qui, du haut de ses 330 ans, doit ménager ses sonneries à la volée pour assurer sa pérennité.

C’est donc à travers cette œuvre patrimoniale contemporaine, qui s’inscrit dans la lignée des bâtisseurs de cathédrale à l’instar d’autres projets de ces 850 ans, que le paysage sonore de la fin du XVIIIe siècle peut se faire entendre à nouveau sur le parvis de la cathédrale.

Suite à appel d’offre, la réalisation :

  • des huit cloches de la tour Nord est confiée à fonderie CORNILLE-HAVARD à Villedieu-les-Poêles (département de la Manche),
  • celle du bourdon Marie à la fonderie ROYAL EIJSBOUTS (à Asten aux Pays–Bas).

La fabrication des cloches est un travail d’extrême précision afin d’obtenir la sonorité souhaitée. Ces décors ont été réalisés en relief sur un moule puis le métal en fusion y est introduit, prenant la forme exacte de la cloche. Les décors ont été sculptés par l’artiste Virginie Bassetti.

Le Choix des prénoms des nouvelles cloches rend hommage à des grands saints et des personnalités ayant marqué la vie du diocèse de Paris et de l’Eglise.

Pour la tour Sud :

  • Marie pour le petit bourdon, en l’honneur de la Vierge Marie. Nom du premier bourdon de Notre-Dame, fondu en 1378.

Pour la tour Nord et par ordre de taille décroissant :

  • Gabriel, en l’honneur de saint Gabriel, qui annonça la naissance de Jésus à la Vierge Marie. La plus grosse cloche de la Tour Nord portait déjà ce prénom au XVe siècle.
  • Anne-Geneviève ; en l’honneur de sainte Anne, mère de la Vierge-Marie et de sainte Geneviève, patronne de la Ville de Paris.
  • Denis, en l’honneur de saint Denis, premier évêque de Paris, vers 250, et patron du diocèse.
  • Marcel, en l’honneur de saint Marcel, neuvième évêque de Paris à la fin du IVe siècle.
  • Étienne, en l’honneur de saint Étienne, premier martyr, mais aussi nom de la basilique érigée à partir de 690 à l’emplacement actuel de la cathédrale.
  • Benoît-Joseph, en l’honneur du pape Benoît XVI, Joseph Ratzinger pape depuis 2005.
  • Maurice, en mémoire de Maurice de Sully, 72e évêque de Paris, de 1160 à 1196, qui fit entreprendre en 1163 les travaux d’édification de la cathédrale actuelle.
  • Jean-Marie, en mémoire du Cardinal Jean- Marie Lustiger, 139e archevêque de Paris, de 1981 à 2005.

Les nouvelles cloches ont été accueillies par des milliers de personnes le 31 janvier 2013. Elles ont été bénites par le cardinal André VINGT-TROIS, archevêque de Paris, le samedi 2 février 2013, en la fête de la Présentation au Temple, marqué par le Jubilé des enfants qui a rassemblé plusieurs milliers d’enfants du diocèse de Paris à Notre-Dame. Elles ont sonné pour la première fois pour la solennité des Rameaux qui ouvre la Semaine Sainte, le samedi 23 mars 2013. Retrouvez les images et sons de l’inauguration solennelle des cloches le 23 mars en cliquant ici.

Ce projet a été mené par la Cathédrale Notre-Dame de Paris grâce à l’Association Notre-Dame de Paris 2013 qui assure la maîtrise d’ouvrage. Pour cela :

  • une étude historique et musicale ainsi qu’une proposition de restitution de la sonnerie historique ont été confiées à Monsieur Régis SINGER, campanologue et expert pour le patrimoine campanaire auprès du Ministère de la Culture et de la Communication ;
  • une étude technique sur les beffrois, leur histoire et leur adaptation aux nouvelles cloches a été réalisée par Monsieur Benjamin MOUTON, architecte en chef des Monuments Historiques ;
  • un appel d’offre auprès de fondeurs a été réalisé par une commission mise en place par le Recteur de la Cathédrale.

Cette commission est composée de :

  • Monseigneur Patrick JACQUIN, recteur-archiprêtre de la Cathédrale et président de l’association Notre-Dame de Paris 2013,
  • Monsieur Simon CNOCKAERT, directeur des services généraux et organiste titulaire de la Cathédrale, et son prédecesseur Monsieur Philippe LEFEBVRE
  • Monsieur Jean-François LEMERCIER, secrétaire général de l’association Notre-Dame de Paris 2013,
  • Madame Bénédicte ESNAULT, directrice des opérations de l’association Notre-Dame de Paris 2013,
  • Monsieur Benoît FERRÉ, Compagnie Européenne d’Architecture EUROGIP, architecte du clergé affectataire,
  • Monsieur Régis SINGER, campanologue et expert pour le patrimoine campanaire auprès du Ministère de la Culture et de la Communication,
  • Monsieur Laurent PRADES, régisseur de la Cathédrale.

La commission a choisi les fondeurs suivants :

  • CORNILLE-HAVARD (Villedieu-les-Poêles, France), pour la réalisation des huit cloches de la tour Nord,
  • ROYAL EIJSBOUTS (Asten, Pays-Bays) pour le petit bourdon de la tour Sud.

Le coût total du projet est estimé à 2 millions d’euros, et entièrement financé par des dons. Le projet de rénovation de l’ensemble campanaire est soutenu notamment par la Fondation Bettencourt Schueller et la Fondation Sisley.